Entretien avec Ma Waing, Cadrasie 20 ans après ...

03/08/2021

Ma Waing, avec un groupe d'amis étudiants de Lille 3, a participé a la création de notre association Cadrasie en 2001. Elle est retournée en Birmanie il y a maintenant plusieurs années et travaille à Yangon pour l'ambassade de France. Lors de sa visite cet été à Lille, nous l'avons rencontrée et avons échangés avec elle au décours d'une réunion de Cadrasie.

Ma Waing, nous fêtons cette année les 20 ans de Cadrasie, peux tu nous raconter comment est venue l'idée de cette association et dans quelles circonstances elle a été crée? Quel a été le but initial de ce projet humanitaire ?

En 2001, j'étais étudiante dans un programme Master qui s'appelait "coopération et développement en Asie du sud-est" ( ce Master n'existe plus actuellement à la faculté de Lille). Nous étions 21 élèves et pendant nos études nous nous sommes posé la question de l'intérêt, à l'issue de notre formation, de créer une association qui nous permettrait de mettre en pratique toutes nos connaissances apprises au cours de notre formation universitaire. Nous recherchions une coopération avec la population d'une région d'Asie du sud-est dans le but leur apporter de l'aide. Notre premier projet fut alors de créer un bateau dispensaire pour venir en aide à une partie de la population du delta du Mékong très pauvre.

Cadrasie a été partenaire de plusieurs projets humanitaires en Asie. Quel a été pour toi l'action qui t'as marquée le plus? Quelle est celle dont tu es la plus fière ?

Personnellement, le projet qui m'a le plus tenu à coeur est celui qui nous a permis d'intervenir dans le sud de la Birmanie après le cyclone Nargis en 2008. C'est la première fois qu'on a vraiment pu faire quelques chose de significatif en se rendant sur place. C'est le premier projet que nous avons suivi en étant physiquement sur le lieu de la mission. Nous sommes restés présents dix ans ce qui  nous a permis de changer complètement le visage du village et de transformer la vie de ses habitants. Beaucoup de membres de Cadrasie se sont déplacés dans ce village et s'y sont investis.

Après 20 ans, penses tu que Cadrasie a répondu aux attentes de ses créateurs ?

Je pense que oui ... Rien que le fait que Cadrasie soit toujours là après 20 ans et continue à soutenir des projets de coopération et  de développement et cela malgré la petite taille de l'association.  

Quand en 2001, tu as débutée cette aventure, pensais tu que vous seriez à l'initiative  de multiples projets humanitaires notamment en Birmanie qui ont contribué à l'amélioration des conditions de vie de beaucoup de gens ?

Pas du tout (en rigolant ...). Je connais beaucoup d'associations d'étudiants qui après 2 ou 3 ans disparaissent car leurs membres commencent à construire leur vie professionnelle, déménagent, font des enfants ... Je ne pensais pas que nous pourrions continuer si longtemps et réaliser autant de projets !

A ton avis, comment pourrait-on donner envie à d'autres étudiants de poursuivre l'aventure Cadrasie et de reprendre le « flambeau » ?

Bonne question ...en France on vit dans un confort important, on a beaucoup de chance, une vie paisible sans guerre. Moi j'aimerais que les gens réalisent cela et partagent avec les autres. On vit dans le même monde tous ensemble, mais on n'a pas tous la même chance. Il faudrait donner envie aux plus chanceux de partager cela avec les plus démunis ...

La situation en Birmanie et à Yangon est actuellement particulièrement difficile. La situation politique est extrêmement instable et l'épidémie de la COVID fait des ravages sur la population locale. Toi qui vis sur place, peux tu nous raconter tes difficultés ? Quel message doit on faire passer en France pour aider le peuple Birman ?

Je suis une privilégiée. J'ai un travail dans un endroit très sécurisé, à l'ambassade de France. J'habite dans un quartier tranquille. Mais c'est vrai que tous les jours on se réveille le matin en pensant aux endroits où l'on doit se rendre ( chemin du travail, magasins ...) et  vérifier l'absence de danger ( manifestations, combats, descentes de l'armée...). Le soir après le travail c'est la même chose. La vie quotidienne est difficile, l'accès aux médicaments impossible. Beaucoup de gens sont décédés par manque de soins ( pas d'oxygène pour les patients atteints par la COVID par exemple). Le système bancaire est très instable et faire des queues pendant des heures pour pouvoir retirer de l'argent. Cette vie est très fatigante et rend très anxieux.

Merci beaucoup Ma Waing d'avoir échangé avec nous et espérons tous que la Birmanie se relèvera rapidement de toutes ces difficultés.